LA NOURRICE.—C'est un homme, jeune dame... madame, c'est un homme comme tout le monde... Vraiment, il semble moulé en cire.

LA SIGNORA CAPULET.—L'été de Vérone n'a pas une fleur qui puisse lui être comparée.

LA NOURRICE.—Oh! vraiment, c'est une fleur; ma foi, oui, une vraie fleur.

LA SIGNORA CAPULET.—Qu'en dites-vous? Vous sentez-vous du goût pour ce gentilhomme? Ce soir, vous le verrez à notre fête. Parcourez tout le livre[15] de la figure du jeune Pâris, et vous y apercevrez le plaisir écrit avec la plume de la beauté. Examinez ces traits si bien d'accord, et vous verrez comme ils s'expliquent l'un l'autre; et ce que peut encore offrir d'obscur ce charmant volume, vous le trouverez écrit dans la marge de ses yeux. Ce précieux livre d'amour, cet amant encore sans liens ne demande, pour compléter sa beauté, que l'ornement dont il va se couvrir. C'est la mer qui fait vivre le poisson; et la beauté doit être orgueilleuse de donner asile à la beauté. Le livre qui sous ses fermoirs d'or enserre la légende dorée en partage la gloire aux yeux de tous: ainsi, en le possédant, vous partagerez tout ce qui lui appartient sans rien diminuer du vôtre.

Note 15: [(retour) ]

De toutes ces métaphores sur Pâris, comparé à un livre, une seule a paru impossible à rendre, c'est celle où la signora Capulet l'appelant unbound lover, en fait à la fois un amant sans liens et un amant sans reliure.

LA NOURRICE.—Diminuer! non, en vérité; elle grossira plutôt: les femmes grossissent par le moyen des hommes.

LA SIGNORA CAPULET.—Répondez-moi en un mot: l'amour de Pâris pourrait-il vous plaire?

JULIETTE.—Je verrai à le trouver agréable si le voir peut faire qu'il m'agrée. Mais mon regard ne pénétrera pas plus avant que le point où votre consentement lui donnera la force de se lancer.

(Entre un domestique.)

LE DOMESTIQUE.—Madame, les convives sont arrivés, le souper est servi, on vous attend; on demande ma jeune maîtresse; on jure, dans l'office, après la nourrice; toutes choses sont à point. Il faut que j'aille servir, je vous en prie, venez sur-le-champ.