ROMÉO.—Donnez-moi une torche; ces gambades ne me vont pas. Sombre[17] comme je le suis, c'est à moi à porter le flambeau.
Note 17: [(retour) ]
Chaque troupe de masques était précédée d'un homme portant une torche qui entrait dans l'assemblée, mais ne se mêlait point à la fête.
MERCUTIO.—Vraiment, mon cher Roméo, il faudra bien que vous dansiez.
ROMÉO.—Non pas moi, croyez-moi. Vous autres, vous avez des souliers à danser et le pied léger; moi, j'ai une âme de plomb qui me cloue tellement à terre que je ne saurais remuer.
MERCUTIO.—Vous êtes amoureux, empruntez les ailes de l'Amour pour vous élancer au delà des hauteurs ordinaires.
ROMÉO.—Il m'a lancé un dard qui me perce trop cruellement pour que je puisse me lancer sur ses ailes légères; et enchaîné[18] comme je le suis, je ne puis m'élever au-dessus de ma sombre tristesse: je succombe sous le pesant fardeau de l'Amour.
Note 18: [(retour) ]
Il y a ici abondance et complication de jeux de mots entre sore (cruel) et soar (prendre l'essor), bound (enchaîné) et bound (bond). On en a indiqué ce qui a été possible.
MERCUTIO.—Et en succombant vous écraserez l'Amour: vous êtes un poids trop fort pour quelque chose de si délicat.
ROMÉO.—L'Amour délicat! il est dur, rude, ingouvernable, piquant comme l'épine.
MERCUTIO.—Si l'Amour vous mène rudement, menez rudement l'Amour; s'il vous pique, donnez de l'éperon et vous le mettrez à bas. Allons, une boîte pour mon visage; c'est un masque pour un masque. (Il met son masque.) Que m'importe à présent quel oeil curieux remarque mes difformités? Voici un front refrogné qui rougira pour moi.