ROMÉO.—Je te prends au mot. Appelle-moi ton amant, et je reçois un nouveau baptême, je cesse à jamais d'être Roméo.

JULIETTE.—Qui es-tu, toi qui, couvert par la nuit, viens ainsi t'emparer de mes secrets?

ROMÉO.—Je ne sais de quel nom me servir pour t'apprendre qui je suis. Mon nom, ô ma sainte chérie[35], m'est odieux, puisqu'il est pour toi celui d'un ennemi. S'il était écrit, je le mettrais en pièces.

Note 35: [(retour) ]

Ma sainte était à cette époque le nom que les amants donnaient le plus habituellement à leur maîtresse.

JULIETTE.—Mon oreille n'a pas encore aspiré cent paroles prononcées par cette voix, et cependant j'en reconnais les sons.—N'es-tu pas Roméo, un Montaigu?

ROMÉO.—Ni l'un ni l'autre, ma charmante sainte, si l'un ou l'autre te sont odieux.

JULIETTE.—Comment es-tu arrivé jusqu'ici, dis-le moi, et qu'y viens-tu faire? Les murs du verger sont élevés et difficiles à escalader. Songe qui tu es; ces lieux sont pour toi la mort si quelqu'un de mes parents vient à t'y rencontrer.

ROMÉO.—Des ailes légères de l'amour j'ai volé sur le haut de ces murailles; car des barrières de pierre ne peuvent exclure l'amour; et tout ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter: tes parents ne sont donc point pour moi un obstacle.

JULIETTE.—S'ils te voient, ils te tueront.

ROMÉO.—Hélas! tes yeux sont pour moi bien plus dangereux que vingt de leurs épées. Donne-moi seulement un doux regard, et je suis à l'épreuve de leur inimitié.