ROMÉO.—Et moi je veux rester avec toi pour te faire tout oublier, et oublier moi-même toute autre demeure que celle-ci.

JULIETTE.—Le jour est prêt à poindre. Je voudrais que tu fusses parti; mais pas plus loin de moi que l'oiseau d'un enfant capricieux, qui le laisse sautiller à quelque distance de sa main, comme un pauvre prisonnier retenu dans sa chaîne entortillée, puis d'un coup de son fil de soie le retire vers lui, tant son amour lui plaint un moment de liberté.

ROMÉO.—Je voudrais être ton oiseau!

JULIETTE.—Je le voudrais aussi, mon doux ami; cependant je te ferais mourir à force de caresses.—Bonne nuit, bonne nuit! Se quitter est un si doux chagrin, que je dirais bonne nuit jusqu'à ce qu'il fît jour.

(Elle sort.)

ROMÉO.—Que le sommeil descende sur tes yeux, et la paix dans ton coeur! Que ne suis-je le sommeil et la paix, pour obtenir un si doux lieu de repos!—Je vais chercher dans sa cellule mon père spirituel pour implorer son assistance et lui apprendre mon heureuse chance.

(Il sort.)

SCÈNE III

La cellule de frère Laurence.

Entre FRÈRE LAURENCE avec un panier.