ROMÉO.—Adieu, adieu! Un baiser, et je vais descendre.
(Roméo descend.)
JULIETTE.—Te voilà donc parti, mon amant, mon maître, mon ami! Il me faut de tes nouvelles à chaque jour de chacune de mes heures, car dans chaque minute il y aura pour moi plus d'un jour. Oh! qu'à ce compte je serai chargée d'années avant de revoir mon Roméo!
ROMÉO.—Adieu! je ne laisserai échapper aucune occasion de te faire passer, ô ma bien-aimée! l'expression de mes voeux.
JULIETTE.—Ah! crois-tu que nous nous revoyions jamais?
ROMÉO.—Je n'en doute point, et toutes tes peines serviront de sujet aux entretiens de nos jours à venir.
JULIETTE.—O Dieu! j'ai dans l'âme un funeste présage: il me semble que je te vois, maintenant que tu es descendu, comme un mort couché au fond d'un tombeau; ou ma vue se trouble, ou tu me parais pâle.
ROMÉO.—Je vous assure, mon cher amour, que vous paraissez de même à mes yeux.—Le chagrin dévorant dessèche notre sang. Adieu, adieu!
(Roméo sort.)
JULIETTE.—O Fortune, Fortune! les hommes te nomment inconstante. Si tu es inconstante, qu'as-tu à faire avec lui, qui est connu pour garder sa foi? Sois inconstante, ô Fortune! car alors j'espère que tu ne me le garderas pas longtemps, mais que tu le renverras bientôt.