LA SIGNORA CAPULET.—Le misérable Roméo.
JULIETTE.—Un misérable et lui sont à bien des lieues de distance. Que Dieu lui pardonne; moi, je lui pardonne de tout mon coeur; et cependant nul homme n'afflige mon coeur comme lui.
LA SIGNORA CAPULET.—Oui, vous souffrez de voir que ce perfide meurtrier respire.
JULIETTE.—Oui, madame, de ce qu'il respire hors de la portée de mes mains. Je voudrais être seule chargée de venger la mort de mon cousin.
LA SIGNORA CAPULET.—Nous en aurons vengeance, sois tranquille: ne pleure donc plus. J'enverrai à Mantoue, où est maintenant cet apostat de banni: il y a là quelqu'un qui lui donnera un breuvage si efficace, qu'il ira bientôt tenir compagnie à Tybalt; et alors j'espère que tu seras satisfaite.
JULIETTE.—En vérité, je ne serai jamais satisfaite de Roméo, que je ne le voie..... mort.—Mon pauvre coeur est si cruellement affligé pour mon cousin!—Madame, si vous pouviez seulement trouver un homme pour porter le poison, je le préparerais, et de manière à ce que Roméo, après l'avoir reçu, dormît bientôt en paix.—Oh! comme mon coeur abhorre de l'entendre nommer..... et de ne pouvoir aller le joindre..... et venger l'amitié que je portais à mon cousin Tybalt sur la personne de celui qui l'a tué!
LA SIGNORA CAPULET.—Trouve les moyens, et moi je trouverai l'homme.—Mais je vais, mon enfant, t'apprendre de joyeuses nouvelles.
JULIETTE.—La joie vient à propos dans un temps où nous en avons si grand besoin. De grâce, madame, quelles sont ces nouvelles?
LA SIGNORA CAPULET.—Oui, oui, tu as un père soigneux, mon enfant, un père qui, pour te tirer de ton accablement, t'a préparé tout de suite un heureux jour auquel tu ne t'attends pas, et dont je n'avais pas eu la pensée.
JULIETTE.—Madame, à la bonne heure: quel est ce jour?