LE POÈTE.—Ni moi non plus.

TIMON.—Écoutez, je vous aime tendrement, je vous donnerai de l'or, mais chassez-moi de votre compagnie ces coquins, pendez-les, poignardez-les, noyez-les dans les latrines, exterminez-les enfin par quelque moyen, et venez ensuite me trouver, et je vous donnerai de l'or libéralement.

LE POÈTE ET LE PEINTRE.—Nommez-les, seigneur, que nous les connaissions.

TIMON.—Placez-vous ici, vous; et vous là; chacun de vous séparément, tout seul, sans compagnon; eh bien! un maître fripon vous tient encore compagnie.—(Au peintre.) Si là où tu es tu ne veux pas qu'il se trouve deux coquins, ne te laisse pas approcher de lui.—(Au poète.) Et toi, si tu ne veux pas habiter auprès d'un coquin, fuis loin de cet homme. Hors d'ici, couple de fripons, voilà de l'or. Vous êtes venus chercher de l'or, esclaves!—Vous avez travaillé pour moi, vous voilà payés.—Hors d'ici: tu es alchimiste, toi; convertis cela en or. Loin d'ici, vils chiens!

(Il sort en les battant et en les chassant devant lui.)

SCÈNE II

Entrent FLAVIUS, DEUX SÉNATEURS.

FLAVIUS.—C'est en vain que vous cherchez à parler à Timon. Il s'est tellement concentré en lui-même, que de tous ceux qui ont la figure humaine il est le seul qui soit en bon rapport avec lui-même.

PREMIER SÉNATEUR.—Conduis-nous à sa caverne; c'est notre devoir; nous avons promis aux Athéniens de lui parler.

SECOND SÉNATEUR.—Dans des circonstances toutes semblables, les hommes ne sont pas toujours les mêmes. C'est le temps et le chagrin qui ont produit en lui ce changement; le temps, en lui offrant d'une main plus propice le bonheur de ses premiers jours, peut ressusciter en lui l'homme d'autrefois. Conduis-nous vers lui, et qu'il arrive ce qui pourra.