PREMIER SÉNATEUR.—Voilà des paroles dignes de passer par vos lèvres.

SECOND SÉNATEUR.—Elles entrent dans nos oreilles comme des grands triomphateurs sous les portes où retentissent les applaudissements.

TIMON.—Recommandez-moi à eux; dites-leur que, pour les consoler de leurs peines, de la crainte de leurs ennemis, de leurs maux, de leurs pertes, de leurs chagrins d'amour, et de toutes les autres souffrances qui peuvent assaillir le frêle vaisseau de la nature dans le voyage incertain de la vie, je veux leur montrer quelque amitié, je veux leur apprendre à prévenir la fureur du sauvage Alcibiade.

SECOND SÉNATEUR.—Ceci me plaît assez, il reviendra.

TIMON.—J'ai ici, dans mon enclos, un arbre que je veux abattre pour mon usage, et je ne tarderai pas à le couper. Dites à mes amis, à tous les habitants d'Athènes, d'après l'ordre des rangs, aux grands et aux petits, que si quelqu'un veut terminer son affliction, il se hâte de venir ici avant que mon arbre ait senti la coignée, et qu'il se pende; je vous prie, faites ma commission.

FLAVIUS.—Ne l'importunez pas davantage, vous le verrez toujours le même.

TIMON.—Ne revenez plus me voir; dites seulement aux Athéniens que Timon a bâti sa demeure éternelle sur les grèves de l'onde arrière, et qu'une fois le jour la vague turbulente viendra la couvrir de sa bouillante écume. Venez ici, et que la pierre de mon tombeau soit votre oracle. Lèvres, prononcez des paroles amères, et que ma voix cesse; que la peste contagieuse réforme ce qui va mal; que les hommes ne travaillent qu'à creuser leurs tombeaux, et que la mort soit leur gain!—Soleil, cache tes rayons, le règne de Timon est passé!

(Il se retire.)

PREMIER SÉNATEUR.—Sa haine est devenue inséparable de sa nature.

SECOND SÉNATEUR.—Toute notre espérance en lui est morte; retournons, et tentons les moyens qui nous restent dans notre grand péril.