Mourez, méchants, de mort malencontreuse,
Sans demander comment je fus nommé.
On dit que luy-mesme feit ce bel épitaphe; car celui que l'on allègue communément n'est pas de lui, ains est du poëte Callimachus:
Ici je fais pour toujours ma demeure,
Timon encor les humains haïssant.
Passe, lecteur, en me donnant male heure,
Seulement passe, et me va maudissant.
«Nous pourrions escrire beaucoup d'autres choses dudit Timon, mais ce peu que nous en avons dit est assez pour le présent.»
(Vie d'Antoine, par Plutarque, traduction d'Amyot.)
Malgré quelques rapprochements qu'on pourrait trouver, à la rigueur, entre le Timon de Shakspeare et un dialogue de Lucien qui porte le même titre, nous pensons que cet épisode de Plutarque lui a suffi pour composer sa pièce. C'est dans sa propre imagination qu'il a trouvé le développement du caractère de Timon, celui d'Apémantus, dont la misanthropie contraste si heureusement avec la sienne; la description du luxe et des prodigalités de Timon au milieu de ses flatteurs, et sa sombre rancune contre les hommes, au milieu de la solitude.