FLAVIUS.—Non, mon digne maître; la défiance et le soupçon sont entrés, hélas! trop tard dans votre coeur. C'était au milieu de vos festins que vous auriez dû craindre la perfidie; mais le soupçon ne vient que quand les biens sont dissipés. Ma démarche, le ciel m'en est témoin, est pur amour, devoir et zèle pour votre âme incomparable; je veux prendre soin de votre nourriture et de votre subsistance, et, soyez-en persuadé, mon noble seigneur, tout ce que je possède, et tout ce que je puis espérer dans l'avenir, je le donnerais pour remplir l'unique voeu de mon coeur: que vous redevinssiez riche et puissant pour me récompenser en m'enrichissant vous-même.
TIMON.—Vois, ton voeu est accompli, seul honnête homme qui existe. Tiens, prends; les dieux, du fond de ma misère, t'envoient un trésor. Va, vis riche et heureux; mais à condition que tu iras bâtir loin des hommes; hais-les tous, maudis-les tous; ne montre de pitié pour aucun; plutôt que de secourir le mendiant, laisse sa chair exténuée par la faim se détacher de ses os; donne aux chiens ce que tu refuseras aux hommes; que les cachots les engloutissent, que les dettes les dessèchent, que les hommes soient comme des arbres flétris, et que toutes les maladies dévorent leur sang perfide!—Adieu, sois heureux.
FLAVIUS.—O mon maître, souffrez que je reste avec vous et que je vous console.
TIMON.—Si tu crains les malédictions, ne t'arrête pas, fuis, tandis que tu es libre et heureux. Ne vois jamais les hommes, et que je ne te voie jamais!
(Timon rentre dans sa caverne. Flavius s'éloigne.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
Devant la caverne de Timon.
Entrent UN POÈTE ET UN PEINTRE, TIMON est derrière eux sans en être vu.