TAMORA.--Quand tu ne m'aurais jamais personnellement offensée, le nom de ton père me rendrait impitoyable pour toi.--Souvenez-vous, mes enfants, que mes larmes ont coulé en vain pour sauver votre frère du sacrifice: le cruel Andronicus n'a pas voulu s'attendrir: emmenez-la donc; traitez-la à votre gré: plus vous l'outragerez et plus vous serez aimés de votre mère.
LAVINIA.--O Tamora, mérite le nom d'une reine généreuse, en me tuant ici de ta propre main: car ce n'est pas la vie que je te demande depuis si longtemps, je suis morte depuis que Bassianus a été tué!
TAMORA.--Que demandes-tu donc? Femme insensée, laisse-moi.
LAVINIA.--C'est la mort à l'instant que j'implore; et une grâce encore, que la pudeur empêche ma langue de nommer. Ah! sauve-moi de leur passion, plus fatale pour moi que le coup de la mort, et jette-moi dans quelque abîme odieux, où jamais l'oeil de l'homme ne puisse considérer mon corps: fais cela et sois un meurtrier charitable.
TAMORA.--Je volerais à mes chers fils leur salaire! non; qu'ils assouvissent sur toi leurs désirs.
DÉMÉTRIUS, l'entraînant.--Allons, viens: tu n'es restée ici que trop longtemps.
LAVINIA.--Point de grâce, point de pitié de femme! Ah! brutale créature, l'opprobre et l'ennemie de tout notre sexe! que la destruction tombe....
CHIRON.--Ah! je vais te fermer la bouche. (Il la saisit et l'entraîne.) (A son frère.) Toi, traîne son mari; voici la fosse où Aaron nous a dit de le cacher.
(Ils sortent en traînant leur victime.)
TAMORA.--Adieu, mes enfants: songez à la bien mettre en sûreté. Que jamais mon coeur ne goûte un véritable sentiment de joie jusqu'à ce que la race entière des Andronicus soit détruite. Maintenant je vais chercher mon aimable More et laisser mes enfants irrités déshonorer cette malheureuse.