MARTIUS, du fond de la fosse.--Pourquoi ne me consoles-tu pas et ne m'aides-tu pas à sortir de cet exécrable fosse toute souillée de sang?

QUINTUS.--Je me sens saisi d'une terreur extraordinaire: une sueur glacée inonde tous mes membres tremblants; mon coeur soupçonne plus de choses que n'en voient mes yeux.

MARTIUS.--Pour te prouver que ton coeur devine juste, Aaron et toi, regardez dans cette caverne, et voyez un affreux spectacle de mort et de sang.

QUINTUS.--Aaron est parti: et mon coeur compatissant ne peut permettre à mes yeux de regarder l'objet dont le soupçon seul le fait frissonner; oh! dis-moi ce que c'est: jamais, jusqu'à ce moment, je n'ai jamais été assez enfant pour craindre sans savoir pourquoi.

MARTIUS.--Le prince Bassianus est gisant en un monceau, comme un agneau égorgé, dans cet antre détestable, ténébreux et abreuvé de sang.

QUINTUS.--Si cet antre est si sombre, comment peux-tu savoir que c'est lui?

MARTIUS.--Il porte à son doigt sanglant un anneau précieux [15] dont les feux éclairent toute cette profondeur, comme une lampe sépulcrale dans un monument brille sur les visages terreux des morts et montre les entrailles rugueuses de cet abîme: telle la pâle lueur de la lune tombait sur Pyrame, gisant dans la nuit et baigné dans son sang.--O mon frère! aide-moi de ta main défaillante... si la crainte t'a rendu aussi faible que je le suis..... Aide-moi à sortir de ce cruel et dévorant repaire, aussi odieux que la bouche obscure du Cocyte.

Note 15:[ (retour) ] «On suppose ici que cette bague jette non pas une lumière réfléchie mais une lumière qui lui est propre.» (JOHNSON)

QUINTUS.--Tends-moi la main, afin que je puisse t'aider à remonter... ou, si la force me manque pour te rendre ce service, je serai entraîné par ton poids dans le sein de cet abîme, tombeau du pauvre Bassianus. Ah! je n'ai pas la force de t'attirer sur le bord.

MARTIUS.--Et moi, je n'ai pas la force de monter sans ton secours.