SATURNINUS.--Titus Andronicus, en reconnaissance de la faveur de ton suffrage dans notre élection, je t'adresse les remercîments que méritent tes services, et je veux payer par des actions ta générosité; et pour commencer Titus, afin d'illustrer ton nom et ton honorable famille, je veux élever ta fille Lavinia au rang d'impératrice, de souveraine de Rome et de maîtresse de mon coeur, et la prendre pour épouse dans le Panthéon sacré: parle, Andronicus, cette proposition te plaît-elle?
TITUS.--Oui, mon digne souverain; je me tiens pour hautement honoré de cette alliance; et ici, à la vue de Rome, je consacre à Saturninus, le maître et le chef de notre république, l'empereur du vaste univers, mon épée, mon char de triomphe et mes captifs, présents dignes du souverain maître de Rome.--Recevez donc, comme un tribut que je vous dois, les marques de mon honneur abaissées à vos pieds.
SATURNINUS.--Je te rends grâces, noble Titus, père de mon existence. Rome se souviendra combien je suis fier de toi et de tes dons, et lorsqu'il m'arrivera d'oublier jamais le moindre de tes inappréciables services, Romains, oubliez aussi vos serments de fidélité envers moi.
TITUS, à Tamora.--Maintenant, madame, vous êtes la prisonnière de l'empereur; de celui qui, en considération de votre rang et de votre mérite, vous traitera avec noblesse, ainsi que votre suite.
SATURNINUS.--Une belle princesse, assurément, et du teint dont je voudrais choisir mon épouse, si mon choix était encore à faire. Belle reine, chassez ces nuages de votre front; quoique les hasards de la guerre vous aient fait subir ce changement de fortune, vous ne venez point pour être méprisée dans Rome; partout vous serez traitée en reine. Reposez-vous sur ma parole; et que l'abattement n'éteigne pas toutes vos espérances. Madame, celui qui vous console peut vous faire plus grande que n'est la reine des Goths.--Lavinia, ceci ne vous déplaît pas?
LAVINIA.--Moi, seigneur? Non. Vos nobles intentions me garantissent que ces paroles sont une courtoisie royale.
SATURNINUS.--Je vous rends grâces, aimable Lavinia.--Romains, sortons; nous rendons ici la liberté à nos prisonniers sans aucune rançon; vous, seigneur, faites proclamer notre élection au son des tambours et des trompettes.
BASSIANUS, s'emparant de Lavinia.--Seigneur Titus, avec votre permission, cette jeune fille est à moi.
TITUS.--Comment? seigneur, agissez-vous sérieusement, seigneur?
BASSIANUS.--Oui, noble Titus, et je suis résolu de me faire justice à moi-même, et de réclamer mes droits.