(Il sort.)
PAROLLES seul.--Allons, tu as un fils qui me lavera de cet affront, méchant, hideux et dégoûtant vieillard!--Allons, il faut que je me contienne: il n'y a pas moyen d'arrêter les grands. Je le battrai, sur ma vie, si je peux jamais le rencontrer à propos, fût-il deux fois plus grand seigneur. Je n'aurai pas plus de pitié de sa vieillesse, que je n'en aurais de... Je le battrai, pourvu que je le puisse joindre encore une fois.
(Lafeu revient.)
LAFEU.--Maraud, votre seigneur et maître est marié: voilà des nouvelles pour vous. Vous avez une nouvelle maîtresse.
PAROLLES.--Je dois franchement conjurer Votre Seigneurie de vouloir bien m'épargner vos insultes. Il est mon bon seigneur: mais celui que je sers est là-haut, et c'est mon maître.
LAFEU.--Qui? Dieu?
PAROLLES.--Oui, monsieur.
LAFEU.--C'est le diable qui est ton maître. Pourquoi croises-tu ainsi tes bras? Veux-tu faire de tes manches une paire de chausses? Les autres valets en font-ils autant? Tu ferais mieux de mettre ta partie inférieure où est ton nez. Sur mon honneur, si j'étais plus jeune seulement de deux heures, je te bâtonnerais. Il me semble que tu es une insulte générale, et que chacun devrait te battre. Je crois que tu as été créé pour que tout le monde pût se mettre en haleine sur ton dos.
PAROLLES.--Voilà qui est bien dur et peu mérité, seigneur.
LAFEU.--Allez, allez: vous avez été battu en Italie pour avoir arraché un fruit d'un grenadier: vous êtes un vagabond, et non pas un honnête voyageur: vous faites plus l'impertinent avec les grands seigneurs et les gens d'honneur, que les armoiries de votre naissance et de votre vertu ne vous donnent droit de le faire. Vous ne méritez pas un mot de plus, sans quoi je vous appellerais un fripon: je vous laisse.