(Hélène entre accompagnée de deux gentilshommes.)
PREMIER GENTILHOMME.--Dieu vous garde! chère comtesse.
HÉLÈNE.--Madame, mon seigneur est parti, parti pour toujours.
SECOND GENTILHOMME.--Ne dites pas cela.
LA COMTESSE.--Armez-vous de patience.--Eh! je vous prie, messieurs, parlez. J'ai senti tant de secousses de joie et de douleur, que le premier aspect et le choc imprévu de l'une ou de l'autre ne peuvent plus me faire éprouver l'émotion d'une femme.--Où est mon fils, je vous prie?
SECOND GENTILHOMME.--Madame, il est allé servir le duc de Florence. Nous l'avons rencontré là, car nous en venons, et après avoir remis quelques dépêches dont nous sommes chargés pour la cour, nous y retournons.
HÉLÈNE.--Jetez les yeux sur cette lettre, madame. Voici mon congé.--(Lisant.) «Quand tu auras obtenu l'anneau que je porte à mon doigt, et qui ne le quittera jamais, et que tu me montreras un enfant né de toi, dont j'aurai été le père, alors appelle-moi ton mari. Mais cet alors, je le nomme jamais.»--C'est une terrible sentence!
LA COMTESSE.--Avez vous apporté cette lettre, messieurs?
SECOND GENTILHOMME.--Oui, madame; et d'après ce qu'elle contient, nous regrettons nos peines.
LA COMTESSE.--Je t'en conjure, ma chère, prends courage. Si tu gardes pour toi seule toutes ces douleurs, tu m'en dérobes la moitié. Il était mon fils; mais j'efface son nom de mon coeur, et tu seras mon unique enfant.--Il est donc allé du côté de Florence?