UNE VEUVE DE FLORENCE, DIANE, VIOLENTA,
MARIANA et plusieurs citoyens. On entend au loin une musique
guerrière.
LA VEUVE.--Allons, venez, car s'ils s'approchent de la ville; nous perdrons tout le coup d'oeil.
DIANE.--On dit que le comte français nous a rendu les plus honorables services.
LA VEUVE.--On rapporte qu'il a pris leur plus grand capitaine, et que de sa propre main il a tué le frère du duc. Nous avons perdu nos peines; ils ont pris un chemin opposé. Écoutez, vous pouvez en juger par leurs trompettes.
MARIANA.--Allons, retournons-nous-en, et contentons-nous du récit qu'on nous en fera. Et vous, Diane, gardez-vous bien de ce comte français: l'honneur d'une fille est sa gloire, et il n'y a point d'héritage aussi riche que l'honnêteté.
LA VEUVE.--J'ai raconté à ma voisine combien vous aviez été sollicitée par un gentilhomme de sa compagnie.
MARIANA.--Je connais ce coquin; qu'il aille se pendre! Un certain Parolles, un infâme agent que le jeune comte emploie dans ses intrigues. Défie-toi d'eux, Diane; leurs promesses, leurs séductions, leurs serments, leurs présents, et tous ces engins de la débauche, ne sont point ce qu'on veut les faire croire. Plus d'une jeune fille a été séduite par là, et le malheur veut que l'exemple de tant de naufrages de la vertu ne saurait persuader celles qui viennent après, jusqu'à ce qu'elles soient prises au piége qui les menaçait. J'espère que je n'ai pas besoin de vous avertir davantage, car je suis persuadée que votre vertu vous conservera où vous êtes, quand même il n'y aurait d'autre danger à craindre que la perte de la modestie.
DIANE.--Vous n'avez rien à craindre pour moi.
LA VEUVE.--Je l'espère. (Hélène, en costume de pèlerine.) --Regarde, voici une pèlerine. Je suis sûre qu'elle vient loger dans ma maison. Ils ont coutume de s'envoyer ici les uns les autres. Je veux la questionner.--Dieu vous garde, belle pèlerine! Où allez-vous?
HÉLÈNE.--A Saint-Jacques-le-Grand. Enseignez-moi, je vous prie, où logent les pèlerins [27]?