TROÏLUS.—Pandare...
PANDARE.—Non, jamais.
TROÏLUS.—Mon cher Pandare...
PANDARE.—Je vous en prie, ne m'en parlez plus, je veux tout laisser là, comme je l'ai trouvé; et tout est fini.
(Pandare sort.)
(Bruit de guerre.)
TROÏLUS.—Silence, odieuses clameurs! silence, rudes sons! insensés des deux partis! Il faut bien qu'Hélène soit belle, puisque vous la fardez tous les jours de votre sang. Moi, je ne puis combattre pour un pareil sujet: il est trop chétif pour mon épée. Mais Pandare... O dieux, comme vous me tourmentez! Je ne puis arriver à Cressida que par Pandare; et il est aussi difficile de l'engager à lui faire la cour pour moi, qu'elle est obstinée dans sa vertu contre toute sollicitation. Au nom de ton amour pour ta Daphné, dis-moi, Apollon, ce qu'est Cressida, ce qu'est Pandare, et ce que je suis. Le lit de cette belle est l'Inde: elle est la perle qui y repose; je vois l'errant et vaste Océan, dans l'espace qui est entre Ilion et le lieu de sa demeure: moi, je suis le marchand, et ce Pandare, qui vogue de l'un à l'autre bord, est ma douteuse espérance; mon remorqueur et mon vaisseau.
(Bruit de guerre. Entre Énée.)
ÉNÉE.—Quoi donc, prince Troïlus! pourquoi n'êtes-vous pas sur le champ de bataille?
TROÏLUS.—Parce que je n'y suis pas; cette réponse de femme est à propos, car c'est pour une femme que l'on sort de ces murs. Quelles nouvelles, aujourd'hui, Énée, du champ de bataille?