ACHILLE.—Ciel! montre-moi dans quelle partie de son corps je dois le détruire; si c'est ici, ou là, ou là? afin que je puisse donner un nom à la blessure suivant son lieu, et rendre distincte la brèche par laquelle aura fui la grande âme d'Hector. Ciel! réponds-moi.

HECTOR.—Les dieux bienheureux se déshonoreraient en répondant à une pareille question; homme superbe, arrête encore: penses-tu donc conquérir ma vie si facilement que tu puisses nommer d'avance avec une exactitude si précise, l'endroit où tu veux me frapper de mort?

ACHILLE.—Oui, te dis-je!

HECTOR.—Tu serais un oracle que je ne t'en croirais pas: désormais, sois bien sur tes gardes, car moi je ne te tuerai pas ici, ou là, ou là; mais par les forges qui ont fabriqué le casque de Mars, je te tuerai partout ton corps; oui, partout ton corps.—Vous, sages Grecs, pardonnez-moi cette bravade, c'est son insolence qui arrache des folies à mes lèvres; mais je tâcherai que mes actions confirment mes paroles; ou puissé-je ne jamais...

AJAX.—Ne vous irritez point, cousin.—Et vous, Achille, laissez-là vos menaces jusqu'à ce que l'occasion où votre volonté vous mettent à portée de les exécuter. Vous pouvez chaque jour vous rassasier d'Hector, si vous en avez tant d'envie; et le conseil de la Grèce, j'en ai peur, aurait quelque peine à obtenir de vous d'en venir aux mains avec lui.

HECTOR.—Je vous prie, qu'on vous voie sur le champ de bataille: nous n'avons livré que des combats insignifiants depuis que vous avez abandonné la cause des Grecs.

ACHILLE.—M'en pries-tu, Hector? Demain, je te rencontrerai, cruel comme la mort; ce soir nous sommes tous amis.

HECTOR.—Donne-moi ta main pour gage de ta promesse.

AGAMEMNON.—D'abord, vous tous, nobles Grecs, venez dans ma tente et livrons-nous ensemble à la joie des festins; ensuite, fêtez Hector, chacun à votre tour, suivant son loisir et votre libéralité. Que les tambours battent, que les trompettes sonnent, et que ce grand guerrier sache qu'il est le bienvenu.

(Ils sortent, excepté Troïlus et Ulysse.)