ULYSSE.—Le sage Troïlus peut-il éprouver réellement la moitié des sentiments qu'exprime ici sa passion?

TROÏLUS.—Oui, Grec; et cela sera divulgué en caractères aussi rouges que le coeur de Mars enflammé par Vénus. Jamais jeune homme n'aima d'une âme aussi constante, aussi fidèle. Grec, écoutez: autant j'aime Cressida, autant, par la même raison, je hais Diomède. Cette manche, qu'il veut porter sur son cimier, est à moi; et son casque, fût-il l'ouvrage de l'art de Vulcain, mon épée saura l'entamer; et le terrible ouragan, que les marins appellent trombe, condensé en une masse par le tout-puissant soleil, n'étourdit pas l'oreille de Neptune d'un bruit plus retentissant, que ne le fera mon épée en tombant à coups pressés sur Diomède.

THERSITE, à part.—Il le chatouillera pour le punir de sa paillardise.

TROÏLUS.—O Cressida! ô perfide Cressida! perfide, perfide, perfide! Qu'on place toutes les faussetés à côté de ton nom souillé, elles paraîtront glorieuses.

ULYSSE.—Ah! de grâce, contenez-vous. Votre fureur attire les oreilles de notre côté.

(Énée entre.)

ÉNÉE.—Je vous cherche depuis une heure, seigneur. Hector, à l'heure qu'il est, s'arme dans Troie. Ajax, votre gardien, attend pour vous reconduire dans la ville.

TROÏLUS.—Je suis à vous, prince.—Adieu, mon courtois seigneur.—Adieu, beauté parjure! Et toi, Diomède, sois ferme et porte un château[51] sur ta tête.

Note 51: [(retour) ]

Castle, espèce de casque juste qui enfermait toute la tête.

ULYSSE.—Je veux vous accompagner jusqu'aux portes du camp.