Cressida nous amuse par son étourderie; elle devient amoureuse de Troïlus par désoeuvrement, et le quitte par pure légèreté. Sa passion pour Diomède n'est pas plus sérieuse que la première; un troisième galant n'aurait qu'à s'offrir pour le supplanter aussi facilement que l'a été Troïlus.
On peut lui appliquer le vers de lord Byron:
Thou art not false, but thou art fickle.
Tu n'es point perfide, tu n'es que légère.
Si cette pièce n'est pas une des plus morales et des plus fortement conçues de Shakspeare, elle n'est pas une des moins amusantes et des moins instructives. Naturellement, Shakspeare ne se passionne pour aucun de ses personnages; nulle part, peut-être, il n'est entièrement sérieux ou entièrement comique; mais c'est ici surtout qu'il s'est fait un jeu du caprice de ses idées, et qu'il semble avoir voulu donner un double sens à sa composition.
Johnson observe que le style de Shakspeare, dans Troïlus et Cressida, est plus correct que dans la plupart de ses pièces; on doit y remarquer aussi une foule d'observations politiques et morales, cachet d'un génie supérieur.
Dryden a refait cette tragédie avec des changements. Il a donné au fond une nouvelle forme; il a omis quelques personnages, et ajouté Andromaque: en général, il y a plus d'ordre et de liaison dans ses scènes, et quelques-unes sont neuves et du plus bel effet.
Selon Malone, Shakspeare aurait composé Troïlus et Cressida en 1602[1].
Note 1: [(retour) ]
Troïlus and Cressida, or Truth found too late (ou la Vérité connue trop tard). London, 1679.
PERSONNAGES