TROÏLUS, au valet.—Drôle, éloigne-toi.

(Le valet sort.)

PANDARE.—Avez-vous vu ma nièce?

TROÏLUS.—Non, Pandare, je me promène auprès de sa porte, comme une ombre étrangère sur les bords du Styx en attendant la barque. O vous, soyez mon Caron, et transportez-moi rapidement à ces champs fortunés, où je pourrai me reposer mollement sur ces couches de lis destinées à celui qui en est digne. O cher Pandare, arrachez à l'amour ses ailes peintes, et volez avec moi vers Cressida.

PANDARE.—Promenez-vous dans ce verger. Je vais l'amener ici à l'instant.

(Pandare sort.)

TROÏLUS, seul.—Je suis tout étourdi; l'attente me donne des vertiges. Le plaisir que je goûte déjà en imagination est si doux qu'il enchante tous mes sens. Qu'arrivera-t-il donc lorsque je m'abreuverai à longs traits du céleste nectar de l'amour? La mort, je le crains; une mort d'évanouissement, une volupté trop exquise, trop pénétrante, trop exaltée dans sa douceur pour la capacité de mes facultés grossières. Je le crains beaucoup; je crains aussi de perdre le sentiment net de ma joie, comme dans une bataille où l'on charge pêle-mêle l'ennemi en déroute.

(Pandare rentre.)

PANDARE.—Elle s'apprête, elle va être ici tout à l'heure. C'est à présent qu'il faut vous aider de tout votre esprit: elle rougit aussi fort, sa respiration est aussi courte que si elle était épouvantée par un esprit. Je vais l'aller chercher. Oh! c'est la plus jolie friponne.—Elle ne respire pas plus qu'un moineau qu'on vient de saisir.

(Pandare sort.)