AGAMEMNON.—Que Diomède le conduise à Troie et nous ramène Cressida: Calchas aura ce qu'il nous demande.—Noble Diomède, apprêtez-vous convenablement pour cet échange; et de plus, annoncez à Troie que si Hector veut demain qu'on réponde à son défi, Ajax est tout prêt.
DIOMÈDE.—Je me charge de tout ceci, et c'est un fardeau que je suis fier de porter.
(Diomède et Calchas sortent.)
(Achille et Patrocle sortent et paraissent devant leur tente.)
ULYSSE.—J'aperçois Achille à l'entrée de sa tente. Qu'il plaise à notre général de passer près de lui, d'un air indifférent, comme s'il l'avait oublié: et vous, princes, jetez tous sur lui un coup d'oeil vague et inattentif. Je passerai le dernier; il est probable qu'il me demandera pourquoi on le regarde d'un air si dédaigneux, pourquoi ces froids regards. S'il le fait, je saurai, par une dérision salutaire, expliquer vos dédains à son orgueil qui sera naturellement avide de m'écouter; cela peut être bon.—L'orgueil n'a pour se montrer d'autre miroir que l'orgueil: la souplesse des genoux entretient l'arrogance, et c'est le salaire de l'homme orgueilleux.
AGAMEMNON.—Nous allons exécuter votre dessein, et affecter un visage indifférent en passant devant lui. Que chacun de vous en fasse autant; et que personne ne le salue, ou plutôt qu'on le salue avec dédain; ce qui l'irritera bien plus que si on ne le regardait pas. Je vais passer le premier.
(Ils marchent tous.)
ACHILLE.—Quoi! le général vient-il me parler? Vous savez ma résolution; je ne combattrai plus contre Troie.
AGAMEMNON.—Que dit Achille? Nous veut-il quelque chose?
NESTOR, à Achille.—Voudriez-vous, seigneur, parler au général?