TROÏLUS.—Ne l'ai-je pas attendu?

PANDARE.—Oui, la mouture; mais il faut attendre le blutage.

TROÏLUS.—N'ai-je pas attendu?

PANDARE.—Oui, le blutage: mais il vous faut attendre la levure.

TROÏLUS.—Je l'ai attendue aussi.

PANDARE.—Oui, la levure: mais ce n'est pas tout, il faut encore pétrir, faire le gâteau, chauffer le four, cuire; et il faut bien attendre encore que le gâteau se refroidisse, ou vous risquez de vous brûler les lèvres.

TROÏLUS.—La patience elle-même, toute déesse qu'elle est, supporte la souffrance moins paisiblement que moi. Je m'assieds à la table royale de Priam, et lorsque la belle Cressida vient s'offrir à ma pensée,—que dis-je, traître, quand elle vient?—Quand en est-elle jamais absente?

PANDARE.—Eh bien! elle était plus belle hier au soir que je ne l'ai jamais vue, ni elle ni aucune autre femme.

TROÏLUS.—J'en étais à vous dire...—Quand mon coeur, comme ouvert par un violent soupir, était prêt à se fendre en deux; dans la crainte qu'Hector, ou mon père, ne me surprissent, j'ai enseveli ce soupir dans le pli d'un sourire, comme le soleil lorsqu'il éclaire un orage: mais le chagrin, que voile une gaieté apparente, est comme une joie que le destin change en une tristesse soudaine.

PANDARE.—Si ses cheveux n'étaient pas d'une nuance plus foncée que ceux d'Hélène, allons, il n'y aurait pas plus de comparaison à faire entre ces deux femmes... mais, quant à moi, elle est ma parente: je ne voudrais pas, comme on dit, trop la vanter.—Mais je voudrais que quelqu'un l'eût entendue parler hier, comme je l'ai entendue, moi... Je ne veux pas déprécier l'esprit de votre soeur Cassandre.—Mais...