Cette « victoire » de Malplaquet me surprit… On s’instruit à tout âge !

Au vrai, mon origine est infiniment plus humble. Le premier Villars de ma famille qui ait marqué était un berger, un « heureux petit berger » comme chantait dans Mireille Mlle Auguez, avant d’épouser Henri Lavedan. Au commencement du règne de Louis XVI, il gardait ses troupeaux dans le village montagneux de Champsaur (rien de commun avec Félicien).

Un brave curé de campagne, desservant de Saint-Bonnet, frappé de la précoce intelligence du gamin, lui enseigna les éléments de la botanique et puis l’envoya au lycée de Grenoble (à ses frais, s. v. p.). Là, le jeune Villars, travailleur infatigable, conquit à la pointe de la plume grades et parchemins, passa brillamment tous ses examens, devint médecin, ouvrit un cours de botanique où les étudiants venaient de tous les coins de la France, créa un Jardin des plantes, écrivit des volumes appréciés du monde savant, acquit de la notoriété, puis de la gloire, et mourut en 1831 à Strasbourg, doyen de la Faculté des Sciences.

Petite anecdote pour terminer : Au temps où il était médecin-chef à l’hôpital de Grenoble, il s’arrêta près du lit dans lequel on venait de coucher un soldat blessé qui ne donnait plus signe de vie.

— Rien à faire pour celui-là, soupira le frère Johannès, directeur de la salle ; un confesseur suffira.

— Non, non, voyons-le tout de même, insista Villars.

Il examina le pauvre diable longuement, minutieusement ; puis conclut : « Portez-le tout de suite à la salle d’opérations ».

Six semaines après, complètement guéri, le soldat rejoignait les armées victorieuses du général Bonaparte. C’était un brave. Il se nommait Bernadotte et régna sous le nom de Charles XIV.

Je suis certain que si le souverain actuel de la Suède vient à connaître cette histoire, il ne manquera pas d’envoyer une pension au descendant de Dominique Villars qui écrit ces lignes.

CHAPITRE III