La mine est là, béante ; un champ qui la domine
Glisse et s’abîme avec fracas.
Morale
Garde-toi, tant que tu vivras,
De jucher les champs sur la mine.
— Aussi vrai que je me nomme Jules Lemaître, ajouta-t-il, depuis que j’ai lu cette fable, j’ai compris la vérité d’un alexandrin qui, jusqu’alors, m’avait semblé entaché de quelque exagération : « L’apologue est un don qui vient des Immortels ».
— Cher maître, répliquai-je, puisque je lui dois le plaisir de faire votre connaissance, je dirai, avec l’ampleur du robespierrot Floquet : « Vive l’apologue, Monsieur ! »
Et nous nous serrâmes les mains, componctueusement.
Quel être délicieux ! Les intransigeants de la littérature avancée l’exécraient. Huysmans, qui ne lui pardonnait pas les railleries érudites déchiquetant A rebours, grommelait : « C’est un normalien de la plus dangereuse espèce, celle qui a l’air de comprendre quelque chose ». Eugène Morel, pourtant le meilleur fils du monde, le surnommait grincheusement « Jules Petit Maître ». Un troisième lettré, Félicien Champsaur, lui lançait des injures de fort calibre. Je ne l’en gobais que davantage.
Parmi les gens de lettres arrivés, en butte aux sollicitations des arrivistes, les uns — l’immense majorité — se renferment dans ce que l’on est convenu d’appeler « leur tour d’ivoire », traduisez : dans une commode indifférence qui respire l’égoïsme… et le fromage de Hollande.