Voilà pour les esprits de l’air. Quant à ceux du feu, bien entendu ils n’étaient pas représentés seulement par les Follets; il y avait aussi les Salamandres, trop connues pour qu’il soit nécessaire d’en parler ici; de même des Feux-Saint-Elme, proches parents des Feux-Follets; mais nous nous arrêterons un instant devant le redoutable Feu-Grisou, l’effroi des mineurs, en nous étonnant du rôle presque insignifiant joué par lui dans la Mythologie populaire de l’Allemagne, malgré les nombreuses victimes qu’il a faites dans tous ces pays de montagnes, et particulièrement dans le Harz.

Cette foudre souterraine, plus meurtrière que celle d’en haut, les peuples du Rhin l’ont simplement personnifiée sous la figure d’un moine de haute taille, qu’ils nomment maître Hœmmerling.

Maître Hœmmerling visite les mines de temps en temps avec les allures pacifiques d’un amateur ou plutôt d’un inspecteur qui en prendrait à son aise; cependant, surtout le vendredi, il est parfois sujet à des colères subites. Qu’un ouvrier manie le pic avec maladresse, qu’il soit insolent envers son chef ou son chef trop dur, trop exigeant envers lui, rapide comme l’éclair il ira de l’un à l’autre, tandis qu’ils ont le corps à moitié hors de la fosse, et, rapprochant subitement ses longues jambes, il leur broiera la tête entre ses deux genoux, sans plus de façons que n’en met une bonne mère de famille à écraser entre les ongles de ses deux pouces l’insecte nuisible qui s’attaque à son enfant bien-aimé.

Nous voilà quittes envers les esprits élémentaires de l’air et du feu; mais tandis qu’à la suite de maître Hœmmerling, nous nous trouvons engagés dans les profondeurs des montagnes, pourquoi, sans désemparer, ne dirions-nous pas un mot des Gnomes, ces esprits de la terre?

A travers la couche d’air épaisse qui remplit ces immenses cavernes, voyez-vous pendre de haut en bas de gigantesques stalactites tout imprégnées de fer; ce sont les colonnes de ces palais souterrains; autour des stalactites, des eaux dormantes et plombées figurent de petits lacs dont les bords sont comme cerclés de rouille; çà et là, dans des fonds vaseux, encombrés de minerais et de scories de toute espèce, croissent de noirs roseaux en forme de couleuvres: comme les couleuvres, ils se replient sur eux-mêmes, promenant de côté et d’autre leur tête, à l’extrémité de laquelle brille un œil de diamant. Ces sombres profondeurs semblent se peupler d’êtres fantastiques; près d’un amas de pépites d’or, dans une pose immobile, se tient un griffon, gardien vigilant et silencieux; autres gardiens des trésors enfouis dans ce monde des métaux et des pierres précieuses, une bande de chiens noirs rôde incessamment le long de ces voûtes; sur les pentes, de petits nains, pareils à des grillons, sautillant comme des pois sur le crible du vanneur, ramassent de droite et de gauche des paillettes d’or abandonnées à leur discrétion; d’énormes grenouilles y sont aussi placées en sentinelles; puis enfin, au plus profond de ces abîmes se meuvent les rois de cet empire, au corps ramassé, aux membres trapus, à la tête monstrueuse; ce sont les Gnomes.

Mais aux Gnomes on ne croit plus guère; les ouvriers mineurs, qui chaque jour auraient dû se trouver en rapport avec eux, ont nié leur existence, et insensiblement ils sont passés à l’état d’êtres fabuleux.

Il m’a été raconté cependant que, pas plus tard que l’année dernière, une jolie paysanne des environs de Hombourg fut vue certain soir à la danse, portant au doigt un gros rubis. Elle prétendait l’avoir reçu d’un esprit de la terre qui lui était apparu à l’entrée des mines du Taunus.

Après informations prises par les commères, convaincue de n’avoir eu de rencontre réelle qu’avec un Gnome anglais, voyageant pour sa santé et courtisant les jolies filles pour sa satisfaction, elle fut chassée du pays.

C’est le dernier Gnome dont on ait entendu parler dans cette partie de l’Allemagne.