Biographies résumées.—Un dieu clairvoyant.—Un dieu rayonnant.—Tyr et le loup Fenris.—Hôpital de la Valhalla.—Pourquoi Odin était-il borgne?—Les trois Nornes.—Mimer le Sage.—Une déesse mère de quatre bœufs.—Les galanteries d’Heimdall, le dieu aux dents d’or.

Nous nous garderons bien de donner la liste complète des dieux de ce populeux olympe. Néanmoins, citons encore, pour mémoire, Hermode, le messager, l’homme d’affaires d’Odin; Forsète, le conciliateur; Vidar, le dieu du silence, personnage muet, qui ne marche que dans l’air, comme s’il craignait d’entendre même le bruit de ses pas; Vali, l’habile archer; Uller, le bon patineur, et dont le géant Tialff n’était que le disciple, quoi qu’en ait dit le poëte Klopstock; Hoder, divinité mystérieuse, dont chacun, sur la terre comme dans le ciel, doit bien se garder de prononcer le nom! Pourquoi?... Odin seul le sait!

Citons aussi Heimdall, aux dents d’or. Fils d’Odin, il a eu neuf mères, ce qui ne s’était peut-être jamais vu avant lui. Gardien de la Valhalla, il est chargé de surveiller les géants qui, par le pont de Bifrost (l’arc-en-ciel), pourraient bien s’aviser quelque matin d’escalader le séjour céleste. Que les dieux reposent en paix; ni l’aigle ni les corbeaux d’Ygdrasil ne peuvent égaler Heimdall en vigilance. Chez lui, les sens de l’ouïe et de la vue sont d’une finesse, d’une perceptibilité au-dessus de toute imagination. Il entend l’herbe croître dans les prés, et voit pousser la laine sur le dos des brebis; d’une extrémité du monde à l’autre, non-seulement il peut suivre de l’œil un moucheron perdu dans l’espace, mais il distingue nettement les diverses jointures de ses pattes et les points noirs ou ocrés qui maculent ses ailes; au milieu de la nuit la plus sombre, comme sous les flots les plus profonds de la mer, il voit un atome se mouvoir, et assiste aux hymens des monades. L’univers n’a rien de caché pour lui.

Mais pourquoi, à l’instar de quelques naturels des îles de la Sonde, le dieu Heimdall a-t-il des dents d’or?... Odin seul le sait!

Parmi tous ces dieux, le plus richement doué de grâces, de vertus, le meilleur, le plus beau, c’est Balder, Balder, le dieu rayonnant par excellence. Quoique fils d’Odin et de Frigg, on eût pu le croire né de Freya, tant il semble représenter l’amour, non l’amour turbulent, passionné, capricieux des Grecs, mais l’amour dans la plus large et la plus noble signification du mot; l’amour, même dans le sens chrétien. Balder, c’est la bonté, la loyauté, l’affection, l’harmonie universelle, qui relie tous les êtres entre eux; Bragi, le poëte, est son frère; Forsète, le conciliateur, est son fils.... Mais nous n’aurons que trop tôt l’occasion de faire un douloureux retour vers lui!

Malgré notre désir de clore cette liste déjà longue, pouvons-nous passer sous silence ce pauvre Tyr, modèle d’intrépidité, de bonne foi, et la victime de sa hardiesse, comme de sa confiance imprudente dans les autres dieux?

Un jour, ceux-ci ayant rencontré le loup Fenris, lui proposèrent de faire avec eux un bon repas. Le loup, d’appétit vorace, prêta l’oreille à la proposition. Les Ases alors, feignant de craindre qu’il ne leur jouât un mauvais tour durant la route, ne voulurent l’emmener qu’une chaîne au cou, s’engageant, sur leur honneur de dieux, à le délivrer de ses liens en se mettant à table. Défiant de son naturel, comme tous les loups, comme tous les méchants, Fenris consentit à se laisser attacher, mais à la condition qu’en garantie de la promesse faite, un des Ases lui mettrait la main dans sa gueule. Tyr, sans hésiter, acquiesça à sa demande, ne pouvant soupçonner une perfidie de la part de gens aussi haut placés. Les dieux, ses confrères, ayant manqué à leurs engagements en retenant Fenris prisonnier, Fenris s’adjugea le gage et coupa la main de Tyr jusqu’au poignet, à l’endroit appelé depuis, en mémoire de cette amputation: l’articulation du loup.