Par un reste de faiblesse paternelle cependant, de ce fameux chapitre j’ai conservé le sommaire; je lui ai gardé son numéro d’ordre, afin qu’il témoignât de mon travail évanoui. Le corps du délit manquant, ce sommaire sera placé là comme une inscription sur un tombeau vide, pour honorer la mémoire du défunt.

Mon chapitre VIII passe à l’état de cénotaphe.

Moi, un savant!... grand Dieu!... Que le lecteur se rassure. En composant cet ouvrage, qu’ai-je voulu? simplement recueillir le long du Rhin de curieux récits mythologiques nés des vieilles croyances de l’Europe, car tout est venu aboutir là. Là se trouvent entassés, comme par alluvions successives, tous les anciens fabliaux, tous les récits merveilleux, même enfantins, adoptés autrefois par l’imagination crédule de nos pères. Sauf quelques exceptions, où la gravité du sujet me soulève de terre malgré moi, ce sont les contes de ma mère grand’ que je veux surtout vous redire. Nous y arrivons. L’Edda elle-même n’a pas une autre signification. L’Edda se traduit par la grand’mère.

Non! moi, l’homme aux contes bleus, je n’ai jamais eu la prétention de figurer parmi les savants; mais parfois j’aime à picorer de loin sur leurs traces. On m’a indiqué les bons endroits, et j’y pille de mon mieux, voilà tout.

Ignorant et pillard, je suis comme l’abeille qui, sans savoir le nom latin des fleurs, entrerait dans un jardin de botanique, et sa récolte faite, joyeuse, l’emporterait dans sa ruche, sans prétendre pour cela en composer un miel académique.