Et il ajouta, en se tournant vers moi:
«Cher monsieur, vous revenez peut-être de Pontoise, mais, à coup sûr, vous ne revenez pas comme nous de Schaffouse. La chute du Rhin, voilà qui est beau!
—Après le Staubach à Lauterbrunn,» dit l’orphéoniste qui déjà nous avait entretenus de ses explorations en Suisse, d’où il avait rapporté, outre une foule d’histoires invraisemblables, divers ranz des vaches et de précieux gargouillis tyroliens.
«Fi du Staubach! répliqua La Fléchelle; un mince filet d’eau, de haute taille, c’est vrai, mais qui n’arrive pas même à vous défriser les cheveux; c’est une cascade poitrinaire.
—Moi, dit un des deux naturels d’Épernay, comme Athanase je viens de voir la chute du Rhin; comme monsieur de l’orphéon, j’ai vu le Staubach à Lauterbrunn; tout aussi bien que M. Canaple, j’ai, ce matin, longé l’Aller-Heiligen; tout cela est assez gentil, mais autrefois, en Égypte, avec mon père, alors au service de Méhémet-Ali, j’ai visité les cataractes du Nil. Après les cataractes du Nil, messieurs, il faut tirer le rideau: ce sont les plus belles cascades du monde.
—Oh! fit Baldaboche, qui jusqu’alors n’avait pas été prodigue de ses paroles, les cascades du Niagara sont encore pien meilleures; je l’ai entendu raconter dans des livres de voyaches.»
Devant les cascades du Niagara chacun courba le front; le premier prix de cascades leur fut décerné à l’unanimité, et, pour ma part, je me sentis un peu honteux de mon admiration de Parisien pour celles d’Aller-Heiligen.
Brascassin n’avait pas pris part à la discussion. Son chapeau abaissé sur ses yeux, il restait muet, appuyé des deux coudes contre le talus qui nous servait de dossier.
«Ce que je trouve de vraiment choli et même de pien peau dans ce pays, reprit l’homœopathe, encouragé par son succès, savez-vous quoi? c’est les montagnes.
—Allons donc! mesquines! mesquines! lui répliqua un autre; elles sont à peine à la hauteur des puys de l’Auvergne; tenez, voyez d’ici, à l’horizon, les ballons des Vosges; pour moi, je les préfère.