Je ne suis guère tenté de m’expliquer clairement sur cette épreuve suprême. Quoiqu’admis dans le cénacle seulement par surprise, je ne m’en crois pas moins forcé à une certaine retenue dans mes révélations, retenue imposée autant à mon bon goût peut-être qu’à ma discrétion. Qu’il nous suffise de savoir que cette fois le nez rouge devina juste, et qu’autour de lui toutes les voix, celles des dignitaires comme celles des simples initiés, exclamèrent à l’unisson: C’est la pure Vérité!

Alors son bandeau lui fut brusquement enlevé; il vit la lumière, la lumière des torches, à laquelle s’adjoignit un jet de lycopode enflammé. La comédie était jouée, et tandis que le nez rouge, aveuglé, et n’y comprenant rien encore, semblait être au comble de ses vœux, les rires, jusque-là contenus à grand’peine, éclataient de tous côtés, même derrière les planches à bouteilles.

Hélas! ce jour-là, Van Baldaboche ne devait pas être seul mystifié!

Après être retourné chez Athanase pour y prendre ma boîte de fer-blanc et mon parapluie, reconduit par toute la bande jusqu’à l’embarcadère, et le train de Paris, avec point d’arrêt sur Noisy, se disposant à se mettre en route, je pris place dans un excellent wagon, première classe, où je ne tardai pas à m’endormir.

Le lendemain, je me réveillai.... à Strasbourg!

Mes compagnons d’Épernay, se rendant à la chute du Rhin, avaient voyagé près de moi, dans un wagon voisin.

Athanase était vengé!


IV

Strasbourg. — Courses à travers la ville. — Kléber et le maréchal de Saxe. — Conversation entre le nez rouge et l’habit bleu barbeau. — Leçon de haute géographie. — Comment ce sont les Américains qui ont découvert l’Europe. — Question turque, question indienne, question chinoise. — Quatre hommes pour le service d’une pipe. — Encore Brascassin!