—Très-bien! Nous sommes déjà d’accord sur ce point essentiel.

—Six! répéta le Hollandais en témoignant de sa surprise; c’est beaucoup! Je veux bien cinq.

—Pas une de moins! Nous n’en démordrons pas! n’est-il pas vrai, monsieur?» dit l’habit bleu en se tournant vers le paletot gris; et il reprit, en nombrant sur ses doigts: «Nous avons d’abord l’Europe....

—Ah! monsieur!... exclama celui-ci en l’interrompant; comment, vous, un géographe aussi distingué, vous croyez encore à l’Europe? Mais l’Europe n’existe pas!... du moins comme une des parties du monde. Elle n’est, ainsi que vous l’a très-bien fait observer M. de Humboldt dans son Cosmos, que l’extrémité, la pointe septentrionale de l’Asie.»

De la figure du Hollandais la surprise semblait être passée sur celle du Strasbourgeois. Après s’être recueilli un instant:

«Effectivement, dit-il, j’ai lu dans le Cosmos que l’Europe.... Mais alors, monsieur, où diable trouverez-vous vos six parties du monde?

—Comptez, monsieur, l’Asie, — une; l’Afrique, — deux; l’Océanie, — trois; l’Australie, ou Nouvelle-Hollande, — quatre; l’Amérique du Nord, — cinq; et l’Amérique du Sud, — six!

—Vous coupez l’Amérique en deux?

—C’est la nature qui s’est chargée de la besogne. Si toute partie du monde est un continent isolé, c’est-à-dire une île immense, l’Amérique du Sud, à peine rattachée à celle du Nord par un petit bout de terre, que la sape et la mine ont peut-être déjà fait disparaître, ne doit-elle pas former, comme elle, un continent distinct?»

Le professeur se passa la main sur le front à plusieurs reprises.