Le vieux Girhardi vit Charney se promener de long en large dans sa cour, s'agiter avec tous les signes de l'attente et de l'impatience. Que la réponse lui paraissait lente à venir! trois heures s'étaient passées depuis son message au gouverneur, et, pendant ce temps, la plante s'épuisait par la perte de sa séve. Charney eût vu couler son sang avec plus de calme, sans doute. Le vieillard essaya quelques consolations, lui rendit de l'espoir, et, plus expérimenté que lui sur la connaissance des végétaux et de leurs maladies, il lui indiqua un moyen de fermer les blessures de Picciola, et de la préserver du moins de l'un des dangers dont elle était menacée.
D'après son conseil, Charney, avec un mélange de paille hachée finement et de terre humectée, compose un mastic qu'il applique sur la plaie. Son mouchoir, déchiré, lui fournit des bandages et des ligatures, pour le fixer en place. Dans ces occupations, une heure encore passa; mais la réponse n'arrivait pas.
Quand vient le moment de dîner, Ludovic entre dans la cour. Sa contenance brusque et affairée n'annonce rien de bon. À peine s'il daigne répondre aux questions du prisonnier par des phrases saccadées et tranchantes.
—Attendez, que diable!—Vous êtes bien pressé!—Laissez-lui le temps d'écrire!
Il semble pressentir et se préparer d'avance au rôle qu'il doit jouer dans tout ceci.
Charney ne dîna pas.
Il tâcha de patienter en attendant l'arrêt de vie ou de mort de Picciola, et pour se donner du courage, il s'efforça de se prouver à lui-même que le gouverneur ne pouvait, sans être un homme cruel, lui refuser une demande aussi simple. Son impatience cependant s'irritait de plus en plus, et il s'étonnait comme si le commandant n'avait pu avoir d'affaire plus pressée à expédier que celle-là. Au moindre bruit, ses yeux se tournaient tout-à-coup vers la petite porte par laquelle il croyait toujours voir revenir son message.
Le soir arriva; rien! la nuit... rien! Il n'en put fermer l'œil.
XIV.
Le lendemain, cette réponse si vivement attendue lui fut enfin remise. Le commandant lui disait, dans un style sec et laconique, qu'aucun changement ne pouvait être fait aux murs, fossés ou fortifications de la citadelle, sans autorisation expresse du gouverneur de Turin; que, sur sa demande, il en référerait à son excellence; car, ajoutait-il, le pavage d'une cour de prison, c'est encore une muraille.