—N'aimes-tu donc pas mieux me voir empereur que général? poursuivit-il.

—Certes, empereur, vous avez le droit de faire grâce, et j'en ai une à vous demander.

Cette fois, ce fut sur la figure de l'époux que le sourire s'effaça, pour passer sur celle de l'épouse. Il fronça le sourcil, et se prépara à tenir ferme, craignant que l'influence qu'exerçait Joséphine sur son cœur ne le fît tomber dans de fâcheuses faiblesses.

—Encore! Joséphine, vous m'aviez promis de ne plus chercher à interrompre ainsi le cours de la justice! Pensez-vous que le droit de faire grâce ne nous soit accordé que pour satisfaire aux caprices de notre cœur? Non, nous n'en devons faire usage que pour adoucir l'application trop rigoureuse de la loi, ou réparer les erreurs des tribunaux! Toujours tendre la main à ses ennemis, c'est vouloir augmenter leur nombre et leur insolence!

—Sire, répliqua Joséphine en retenant un éclat de rire prêt à lui échapper, vous m'accorderez cependant la faveur que j'implore de votre majesté.

—J'en doute.

—Et moi, je n'en doute pas. D'abord, et avant tout, je viens vous demander le renvoi de deux... oppresseurs! oui, sire, qu'ils sortent de leur place! qu'ils en soient chassés, arrachés, s'il le faut!

Parlant ainsi, elle pressait son mouchoir sur sa bouche; car, en voyant la figure étonnée de Napoléon, elle n'était plus maîtresse d'elle-même.

—Comment? c'est vous qui m'excitez à punir, vous, Joséphine! Et de quoi s'agit-il donc?

—De deux pavés, sire, qui sont de trop dans une cour.