Lorsqu'il se tourna de ce côté, il l'aperçut étreignant les barreaux de ses mains débiles, tremblantes d'émotion. Charney n'osait lever le front pour crier grâce du cœur à ce seul homme dont il eût voulu conserver l'estime; il craignait de trouver sur cette noble figure le signe mérité du reproche ou celui du dédain; et, quand leurs yeux se rencontrèrent, au regard plein de tendre compassion que lui adressa le pauvre père, oublieux de ses propres douleurs pour partager celles de son compagnon d'infortune, il se sentit remuer jusqu'au fond des entrailles, et deux larmes, les seules qu'il eût jamais répandues, jaillirent de sa paupière.

Ces larmes lui étaient douces; mais un reste de fierté les lui fit essuyer vivement. Il craignit d'être soupçonné d'une lâche faiblesse par ces hommes dont il était entouré.

De tous les témoins de cette scène, les deux sbires seuls, spectateurs indifférens, ne semblaient rien comprendre à ce drame auquel ils assistaient. Ils examinaient tour à tour le prisonnier, le vieillard, le commandant, le geôlier, s'étonnaient des émotions vives et diverses empreintes sur toutes ces figures, et se demandaient tout bas si quelque cachette importante ne devait pas exister sous cette herbe si bien barricadée.

Cependant l'œuvre fatale s'achevait. Excité par le colonel, Ludovic avait essayé d'enlever les appuis du banc rustique; mais ils opposaient résistance.

—Un merlin! prenez un merlin! cria le colonel.

Ludovic en prit un; il lui échappa des mains.

—Finissons-en, morbleu! répéta l'autre.

Du premier coup, le banc craqua; au troisième, il était abattu. Alors Ludovic se courba vers la plante, seule restée debout au milieu des débris.

Le comte était hâve, défait; la sueur ruisselait de son front.

—Monsieur! monsieur! pourquoi la tuer? Elle va mourir! s'écria-t-il enfin, redescendu encore une fois à l'état de suppliant.