«Adieu, mon bon père; oh! que je vous aime, et que je suis heureuse!
«Teresa.»
Il n'y avait point dans cette lettre un mot, un seul mot de souvenir pour Charney. Ce mot absent, il l'avait cherché avec angoisse pendant toute la durée de sa lecture, et cependant, malgré le désappointement éprouvé par lui en ne le trouvant pas, ce fut une explosion de joie qu'il fit tout d'abord éclater:
—Vous allez être libre! s'écria-t-il; vous pourrez vous reposer sous l'abri des arbres, et voir se lever le soleil!
—Oui, dit le vieillard, je vais... vous quitter! Et c'est là cette ombre qui marche devant mon bonheur, comme pour l'obscurcir!
—Eh! qu'importe, reprit Charney, prouvant, par la véhémence de ses transports et le généreux oubli de lui-même, combien il était devenu digne de comprendre l'amitié:—vous lui serez rendu enfin! Elle aura cessé de souffrir par ma faute! Vous serez heureux! et je ne sentirai plus là, au fond de ma pensée, ce poids qui m'obsédait! Durant ce peu d'instans qui nous restent encore à passer ensemble, nous pourrons parler d'elle, du moins!
Ces derniers mots, il les avait achevés dans les bras de son vieil ami.
VII.
L'idée d'une séparation prochaine semblait avoir redoublé la tendresse mutuelle des deux captifs. Toujours ensemble, ils ne se lassaient pas de ces longs et fructueux entretiens du banc des conférences.
Il était certain sujet néanmoins, sujet bien grave, que Girhardi tentait parfois d'aborder, et que Charney, au contraire, évitait. Le vieillard y attachait trop d'importance pour se laisser facilement décourager. Car, après la réussite, il se fût éloigné avec moins de regrets. Un jour, l'occasion d'y revenir se présenta.