Dix, vingt, trente mains entraînèrent dehors le voleur de noix.
Il tremblait de tous ses membres, car il croyait que sa dernière heure était venue. Il s'attendait à ce qu'on le menât sous un arbre où on le hisserait à la corde. Au lieu de cela, on le conduisit dans une maison bien close.
Tout le monde s'assit. Les juges, en cercle, avaient l'air d'une troupe de minstrels comme on voit dans les bar-rooms de New-York. Le président lui adressa quelques paroles de reproches. Puis :
« Tu te crois noir parce que tu es nègre, mais tu ne l'es pas assez pour nous… Bourreau, faites votre office! »
En un tour de main le pauvre hère fut enlevé de terre et plongé jusqu'au menton dans un baril de goudron.
« Plus bas, plus bas », criait le président.
Et, comme le patient se refusait à mettre sa tête dans le goudron, il tira de sa gaîne un grand sabre, en disant :
« Plonge, car je vais écrémer le tonneau. »
Et, en vérité, il écréma le tonneau, en passant trois fois son sabre au ras de ses douves.
Tom Zizi sortit de sa caque dans un état que je ne saurais décrire… Pourvu qu'ils ne lui mettent pas le feu, pensais-je, car, en vérité, je croyais mes bourreaux capables de tout. Heureusement, ils se montrèrent relativement doux en l'affaire. Ils conduisirent le nègre dans une pièce voisine, très bien meublée, et garnie surtout d'un lit qui semblait une piscine tant il était vaste.