Il savait « y faire », comme on dit à Pantruche-sur-Seine.

Le minuscule bonhomme sortit de sa poche deux belles feuilles de papier timbrées à un franc vingt. Et il lut à Fernand tous les articles qui contraignaient Pluvieux à payer à son cher auteur des sommes vertigineuses. C’était comme une pluie d’or.

Fernand en était confus. Vraiment c’était trop de générosité. L’éditeur se dépouillait comme un lapin de garenne. Quand il n’y en avait plus, il y en avait encore. Proportionnalité de droits sur la vente, bénéfice sur l’étranger, prime après dix mille exemplaires vendus, autre prime à cent mille, et on les ferait en se jouant, affirmait Pluvieux, l’air convaincu. Et revenant comme un refrain :

— Et le droit de vous dégager si cela vous plaît, si on vous offre davantage.

Car c’était impossible.

L’important, par exemple, c’était de signer de suite. On ne pouvait mobiliser dessinateurs, imprimeurs sans être en règle.

Malgré tout Fernand hésitait. C’était trop beau. Un peu de méfiance lui restait dans un coin de bon sens.

L’autre devina.

— Vous me prenez pour un fou, n’est-ce pas ? ou un citoyen qui veut vous ficher dedans ? Je ne suis ni l’un ni l’autre. J’ai le désir de faire une excellente affaire, et je suis sûr que je vais la faire avec vous. Personne n’est outillé à Paris pour tirer mieux profit de votre talent. Je vous fais bénéficier loyalement de mes connaissances professionnelles. Je ne vous demande pas de reconnaissance, je vais gagner beaucoup d’argent, je vous en abandonne un peu. C’est simple.

Cette franchise, cette rondeur décidèrent Fernand et détruisirent dans son esprit la mauvaise herbe de la méfiance.