Vive le son du canon !!

— Chut !

— Silence !

Au milieu des claquements de mains, des cris d’enthousiasme et des roulements de cannes sur le plancher, le camarade Karikine, un homme maigre, à la fois chauve et chevelu, par le front dégarni et la longueur de boucles brunes couvrant sa nuque, descendit de la scène et vint s’asseoir sur un banc de la salle, où l’on se serra pour lui faire place.

Mais déjà des voix nombreuses réclamaient le concert. Une femme apparut sur le théâtre.

— C’est Zulma Porret, une fidèle !

— Je la connais. Elle a chanté chez nous ! répondit Fernand.

Zulma Porret, ancienne étoile des Bouffes du Nord, plus très jeune, mais agréable encore, avec de beaux yeux meurtris et des dents magnifiques, chanta, d’une voix rauque et passionnée, la Revanche des Gueux, sorte de poème brutal où elle mettait une force de haine extraordinaire. Un piano où manquaient des cordes accompagnait rageusement.

Puis ce fut un long et pâle poète à barbe noire qui rythma, d’une diction lente et sombrée, les stupeurs du Christ revenu sur terre et jugeant les modernes chrétiens.

Ce singulier poète s’appelait : Pierre Larmus ; il était long, long et d’une maigreur qu’il soignait d’un régime éternel, pour garder sa saveur « Purotine » indispensable à l’évocation des « Ventres Creux », ses héros.