— Une chopine de blanc, Marie !
— Deux marcs !
Les « gas » s’amusaient. Et allez donc ! A la tienne ! Ah ! c’est que les gas de Juche-en-Haut n’en craignent pas pour la rigolade ! Dans toute la région d’alentours, c’est eux qui se saoulent le mieux, oui, dame ! Ce n’est pas comme ceux de Vrilly-la-Butte qui ont peur d’un demi-setier ! ah ! mais non !
Les trois nomades s’étaient installés, comme ils avaient pu, sur un bout de banc, à un coin de table. Et, tout de suite, après un silence subit de quelques secondes, le charivari se déchaîna de nouveau, plus grossier toutefois qu’auparavant et d’intonation nettement injurieuse ! Pensez-donc ! Il y avait une femme qui avait l’air d’une parisienne ! Attends un peu !
Un long jeune homme, conscrit de l’année, en casquette et en sabots, mais adorné d’une cravate sang de bœuf du plus rare effet, se leva, et avec des gestes intentionnels, et des grimaces dédicatoires, entonna un refrain de troupiers en marche, le plus ignoble qu’il put vomir.
Tous les « Juche-en-Haut » applaudirent bruyamment. Ça, c’était tapé, par exemple ! Qu’est-ce qu’elle prenait, la Parisienne ! Et toutes les faces, mufles de bêtes, museaux de brutes, congestionnées de joie et suantes de gouaillerie haineuse, se fouinaient vers les étrangers. Ah ! ah ! qu’est-ce qu’on leur mettrait !
— Fernand ! allons-nous-en, je t’en prie !… suffoqua Blanche. Elle se retenait pour ne pas éclater en sanglots. Qu’avaient-ils fait à ces gens-là ? Pourquoi cette férocité gratuite, cette lâcheté sans motifs ? Robert, les traits bouleversés, se bouchait les oreilles de ses deux poings menus. Fernand eut un sursaut de rage.
Mais, à cet instant, Marie, la servante, prise de pitié, s’approchait d’eux et doucement :
— Venez, monsieur, madame, je vais vous mener dans la salle de bal ; là où vous jouerez ce soir. Ils sont saouls, vous savez, c’est jour de fête. Faut les excuser ! je vous servirai là-haut !
Fernand, Mésange et Robert étaient déjà debout. Leur retraite fut saluée par des vociférations sauvages ; un chœur hurla :