Les mains claquèrent. Ah ! ah ! on allait rire.

— Quoi ! qu’est-ce qu’y à de drôle ? C’est son métier, à c’tte femme, de causer à tout le monde ! opina le tailleur Pichois, un boîteux, la forte tête du canton. Et les « Juche-en-Haut » se remirent à boire.

Pendant ce temps, Fernand et Mésange édifiaient leur tréteau. Quatre tonneaux dressés sur champ, deux à droite et deux à gauche, supportant huit planches. On accédait à cette scène rudimentaire par une chaise accostée à l’une des futailles. Robert, bien sage dans un coin, écrivait sur une feuille de papier écolier, ce mot et ce chiffre : Entrée : 25 centimes. Cela devait être affiché à l’entrée de la salle de bal.

Cette salle de bal, carrée et assez vaste, avait été aménagée par la mère Colin, négociante avisée, dans un ancien grenier, indépendant du corps de bâtiment principal. On y arrivait par une sorte d’échelle de meunier, où les filles, en grimpant, montraient leurs jambes. Source de jovialité pour les garçons. On n’a pas tant de distractions à la campagne !

Un coupon d’andrinople, glissant sur une tringle qu’équipa Fernand, constitua le rideau. D’en bas, le bruit des rires, des hurlements, des couplets bachiques et des querelles entre rustres, montait sans interruption.

— Nous ferons bien une vingtaine de francs, dit Fernand en s’asseyant, ça tient facilement quatre-vingt croquants, ce local !

Il s’interrompit, pris d’une quinte de toux, puis :

— Heureusement qu’ils ne doivent pas être difficiles par ici ! Car, avec ma laryngite, ils seraient volés !

Il parlait d’une voix fêlée et rauque. Mésange, morne, murmura :

— J’ai le trac. Ils ont l’air méchants, ces paysans ?