Elle offrait le billard, un vieux billard déteint et râpé, au-dessus duquel elle alluma un bec de gaz, généreusement.
Fernand y déposa Robert. Tout autour, les paysans, muets maintenant, consternés et curieux, regardaient, les bras ballants. Et brusquement, Mésange, amenée là au hasard de ses déambulations inconscientes, s’écroula, d’un bloc, auprès du petit corps toujours immobile. Il allait revenir à lui, n’est-ce pas ?
— Robert ! mon bijou ! mon chéri ! Robert ! Écoute-moi, tu m’entends, voyons !
Elle couvrait de baisers le visage insensible. Fernand pétrissait dans ses mains les doigts fins et froids. Rien. Tous deux se regardèrent. Les yeux de Mésange se dilataient graduellement, s’emplissaient d’une horreur grandissante. Subitement, elle chancela, tournoya sur elle-même, et d’une voix changée, d’une voix de fillette, étrange et enrouée, elle balbutia :
— Est-ce que ?… est-ce qu’il est mort ?
A ce moment, Fernand tomba à genoux, et sa tête cogna le bord du billard. Depuis quelques minutes, il sentait bien que le pouls ne battait plus dans le frêle poignet.
Et Mésange comprit aussi. Elle fit : Ah ! et roula sur le parquet, évanouie. Les gens de Juche-en-Haut, se glissant le long des murs, à pas sourds et comme honteux, s’étaient esquivés. Le papillon de gaz, au-dessus du petit mort, tremblotait, éclairant par saccades les coins sombres de l’estaminet sordide. Au dehors, c’était le silence opaque et la nuit des champs. Un chien aboya, très loin. Fernand ne pensait plus à rien, à rien…
....... .......... ...
Mésange et Fernand vivent encore.
FIN