— On ne s’en va pas au milieu d’un morceau !
— A la porte !
— A la porte ? bon Dieu, mais c’est là que nous allons, riposta Fernand exaspéré !
De fait, ils finirent par se trouver devant la tenture, lisière du « Saint des Saints, » puis dans le café, puis dans la rue. Ouf !!
— Veux-tu un conseil ? professa Lourbillon en avalant un bol d’air ; à Montmartre tu peux te fouiller pour dégoter ton homme. Les auteurs d’ici chantent leurs machines eux-mêmes, et d’ailleurs leurs machines ne porteraient pas au concert. Plante-les moi seulement sur les planches du Colorado et tu verras la gadiche ! Non ! Si j’étais à ta place, je donnerais un coup de pied jusque chez un de ces petits éditeurs lyriques, qui foisonnent boulevard de Strasbourg et aux environs. Là, tu trouveras sûrement inédité, inconnu, enseveli dans les cartons, le merle blanc qu’il te faut !
— Avant, répliqua Fernand, il me faut voir Grandsec. Mariol tient absolument à ce que je lui demande des machines modernes et sentimentales. — Est-ce que vraiment il a du talent ?
— Peuh ! fit Lourbillon, un pochard… qui rime sur toutes les tables des brasseries de Montmartre… Enfin, vois-le toujours !!
XI
La grande salle de l’Abbaye de Thélème, au premier étage, resplendissait de lumières et éclatait de fracas.
Là, c’était la haute noce montmartroise, les fêtards au gousset garni, le dessus du panier du Moulin-Rouge, toutes les Espagnoles de la rue Lepic, toute l’Italie galante du boulevard Rochechouart et de la place Pigalle ; danses du ventre des Tunisiennes de la rue Caulaincourt et des almées du Delta. Les bouchons de champagne sautaient à plusieurs tables, et de véritables soupers : caviar, écrevisses, viandes froides et salades russes, mobilisaient des vaisselles.