Fernand commençait, lui personnellement, à se demander si son nouvel ami n’était pas un abominable mystificateur à froid, occupé à le couvrir de ridicule.
Mais non. Grandsec lui passa tout à coup un papier :
— Tu sais lire la musique, pas ? Déchiffre ça en douce. Dans un quart d’heure, tu vas leur dégoiser les trois couplets, paroles et musique ; tu peux y aller carrément, c’est complètement inconnu. Je l’ai fait cet après-midi. Et tu peux être tranquille. Ça leur en bouchera un coin ! C’est des fleurs de mon jardin secret, et je l’aurais gardé pour moi, si ta gueule ne m’était pas revenue.
Et, face au public, il annonça :
— Mon ami Fernand, moi et cet autre cabot qui nous accompagne nous allons vider une tasse ! après quoi, vous pourrez ouvrir vos esgourdes. Garçon, trois demis !
Et il s’assit avec majesté !
Il n’y eut pas à le nier, le public attendit.
Et il fit silence quand Fernand commença.
C’était une mélopée bohème, au rythme moqueur, aux paroles douloureuses, l’automoquerie de la misère et de la mort.
Et, au martèlement des grands accords dont l’accompagnait Grandsec, l’effet était étrange et frissonnant.