Cependant l’heure passait. Si noctambules que soient les gens, ils se couchent pourtant quelquefois.
Fernand songeait que Mésange devait être inquiète. Elle avait pris la mauvaise habitude de l’attendre à la fenêtre. Déjà, d’ailleurs, beaucoup de messieurs atteignaient leurs chapeaux aux patères et demandaient les additions.
— Garçon ! payez-vous ! héla Grandsec qui vit le désir de son jeune ami, et de qui la seule voix pouvait déchirer le vacarme grandissant.
Ils se levaient. Mais à ce moment, glissant, preste comme une anguille, entre Lourbillon et le musicien, l’admiratrice rousse s’élança vers Fernand, se pressa contre sa poitrine et l’irradiant subitement d’un regard qui fut un véritable accent de volupté et une prière ardente d’amour brutal et de tous risques :
— Je vous en prie. Demain. Deux heures. Je vous attendrai… Je vous en prie… chuchota-t-elle d’un accent de fièvre. Et elle lui mettait, presque de force, une carte dans la main. Puis, pft ! plus rien ! elle avait bondi vers l’escalier, et disparu.
Dans la rue :
— Tu la connais !… vous la connaissez, cette femme ? demanda à Grandsec Fernand qui avait, à la lueur d’un bec de gaz, déchiffré ce nom sur la carte et cette adresse :
LILITH JOCELYN
30, Boulevard de Clichy.
— Oh ! fils ! tu peux me tutoyer ! clama Grandsec. Si je la connais Lilith ? la belle madame Jocelyn ? Certainement.