--Et où donc veux-tu qu'elle mette le linge que vous quitterez toutes les semaines, quand elle l'aura passé par l'eau? Il y aura trop de choses dans le grenier pour l'y placer, et tu ne veux pas, j'espère, le voir traîner dans la maison.
--Mais, Louise, crois-tu que ce serait bien d'acheter du mobilier, quand je dois tant d'argent à ton père?
--Allons, dit maître Tixier, le voilà encore là-dessus! Mais puisque je t'ai dit, têtu, que je te le ferai gagner! tu l'aurais là, dans le creux de ta main, que je n'en voudrais pas: c'est une récompense que je veux te donner, moi! es-tu donc trop fier pour la prendre tout simplement? D'ailleurs, tu sais bien que je ne refuse pas d'obliger un ami dans l'embarras; seulement je veux être remboursé au jour dit, car j'aime l'exactitude avant tout.
--C'est bien ça qui me tracasse; car si je venais à mourir avant de vous avoir remboursé!
--Eh bien! je prendrais un de tes champs en payement; ainsi n'en parlons plus, ça m'ennuie. Ah! écoute donc ce que je vais te dire: Prévôt, de la Bordinerie, n'a pas voulu me croire quand je lui disais: «Fauche tes prés, tu laisses trop mûrir ton foin; tes seigles auront besoin d'être coupés avant que tu aies fini ta fauchaison, et tu te trouveras dans l'embarras; tu ne sauras auxquels aller; et, si le temps se mettait à la pluie, comment ferais-tu?--Bah! père Tixier, me répondait-il, vous voyez toujours tout en noir; parce que vous êtes plus vieux que moi, vous voulez avoir raison sur tout.--C'est que, Prévôt, j'ai fait plus d'une bêtise dans ma vie, et je sais ce qu'il en coûte! Tu ne veux pas m'écouter, eh bien, tu verras!» Ça n'a pas manqué; voilà le temps qui menace; il a été obligé de prendre le double de monde pour faucher et pour faner, et il est venu demander à Étienne la grande voiture à échelles et les juments; mais j'ai défendu de rien lui donner. Il a fait la sottise, il faut qu'il la boive.
--Notre maître, dit grand Louis, quand Prévôt est venu vous dire, l'an passé, qu'il avait quelques bonnes bouteilles de vin blanc que sa défunte tante lui avait laissées, et qu'il fallait venir les boire avec lui, je me souviens que vous n'y avez pas manqué.
--C'est vrai, et c'était du fameux vin, encore!
--Pourquoi donc ne l'aideriez-vous pas à boire sa sottise aujourd'hui, comme vous l'avez aidé à boire son vin l'an dernier?
--C'est juste, grand Louis; j'ai tort, et tu as raison. Il faut aider Prévôt, qui court grand risque de perdre ses foins. C'était mal, ce que je disais là. On a beau faire, ce chien d'orgueil revient toujours! Tu prendras tes juments et ta voiture à ridelles, et tu travailleras pour lui tant qu'il n'aura pas serré son fourrage.»