Ils choisirent six chaises en noyer, et le père Tixier acheta un petit fauteuil semblable, en disant que ce serait pour son filleul quand il pourrait s'en servir. On alla ensuite chez le marchand d'étoffes pour prendre les rideaux du lit.

«J'aurais bien désiré qu'ils fussent en serge verte, dit Jeanne à Louise, c'est plus cossu; mais je n'ai pas assez d'argent.»

Elles choisirent donc une belle cotonnade rouge à raies; Louise força Jeanne à prendre une jolie indienne à fleurs bleues sur un fond blanc pour faire l'intérieur du lit et la courte-pointe, et enfin une bonne couverture de laine. Puis elles achetèrent aussi tous les menus ustensiles nécessaires dans un ménage.

«Vois donc, ma Louise! j'avais apporté deux cents francs, et il ne m'en reste plus que dix. Que ça coûte donc de se mettre à son ménage!

--Que veux-tu, ma pauvre Jeanne? on ne s'y met qu'une fois dans la vie. Mais tu es si propre, si ménagère, que tout ton mobilier aura toujours l'air neuf.»

Jeanne chargea une habile ouvrière de faire ses rideaux ainsi que la garniture de son lit, et demanda qu'on les lui rendît le plus tôt possible.

«Pourquoi donc tant te presser, Jeanne! tu as bien le temps de te mettre à ton ménage.

--Non, je n'ai que le temps bien juste; avec mes deux enfants je ne fais plus rien chez vous, c'est à peine si je gagne le pain que je mange; il faut que ça ait une fin et que j'aille dans ma maison entre la moisson et les vendanges, au temps où grand Louis n'est pas occupé.»

Jeanne déménage peu à peu.

Quand le mobilier fut rendu et mis en place, grand Louis dit à son maître: