--Il avait raison, le saint homme! Je n'oublie point ceux qui m'ont obligé: parlez-moi de lui et dites-moi s'il va toujours bien.

--Oui, Dieu merci, et j'espère qu'il vivra longtemps encore; mais, puisque tu nous trouves à table, mets-toi à ton ancienne place, sans cérémonie, tout comme autrefois.

--De grand coeur, maître Tixier; mais auparavant je vais dételer mon cheval qui a grand chaud.

--C'est juste; il faut avoir soin des animaux qui nous rendent service; mais ne te dérange pas; on va mettre ton cheval à l'abri et lui donner ce qu'il lui faut.»

Le colporteur se mit à table, et on lui apprit que Jeanne était mariée à grand Louis, et qu'ils devaient se mettre à leur ménage le lendemain.

«Je ne vois pas votre fille aînée, ni cette écervelée de Marguerite, ni le bouvier Claude!

--Ma Solange est mariée et demeure dans une métairie tout près d'ici, qui appartient aussi à M. Dumont; Claude a épousé Marguerite et s'en est allé dans le bourg. C'est un triste mariage qu'il a fait là; quoiqu'il n'ait guère d'esprit, c'est un brave garçon et bien courageux.

--Et cette jeune fille-là, dit le marchand en désignant Louise, est-ce que c'est ce petit lutin qui sautait toute la journée autour de Jeanne?

--Oui, mon ami; mais si elle a grandi, sais-tu que toi aussi tu es grandi et changé? c'est à peine si je t'ai reconnu.»

Après dîner, le marchand s'en alla chez M. le curé, et il n'en revint que pour souper. Avant de se mettre à table, il entra dans la grange où l'on avait rangé sa voiture, et il rapporta trois couvertures de coton, deux cravates noires et un très-beau foulard. Il offrit une couverture à chacune des filles mariées, l'autre à Jeanne et le foulard à Louise; puis il prit les cravates noires et voulut en donner une à Etienne Durand et l'autre au maître.