«Monsieur le curé, dit Louise, vous aviez une bien belle nappe d'autel, ce matin, à la messe. Je parie que c'est ce jeune marchand qui vous l'a apportée!
--Oui, ma fille; il a voulu faire ce cadeau à ma pauvre église; c'est un brave coeur qui n'a oublié aucun de ceux qui l'ont obligé.
--Tu as donc fait de bonnes affaires, toi, dit maître Tixier en s'adressant au colporteur; je vois que tu as un cheval et une voiture, sans compter ce qu'il y a dedans.
--Mais oui; mes petites affaires ne vont pas trop mal.
--C'est la récompense de votre bonne conduite, dit le curé.
--Pour vous dire toute la vérité, j'ai eu bien de la peine à prendre des habitudes régulières. J'ai souvent rencontré d'anciens camarades qui se moquaient de moi, et j'ai été plus d'une fois sur le point de céder à leurs railleries et de les imiter. Mais quand mes yeux rencontraient un miroir et que je voyais ma cicatrice, je pensais à vous tout de suite, monsieur le curé, et aussi à la maison du père Tixier, et je redevenais fort contre la tentation. Il est si difficile de rompre avec les mauvaises habitudes!
--Vous dites là une grande vérité, mon ami; c'est pourquoi l'on ne saurait veiller de trop près à s'en préserver.
--Enfin, j'ai contracté celle de la bonne conduite et du travail; je me suis donné bien du mal; j'ai parcouru toute la France, marchant la nuit et vendant le jour, faisant souvent beaucoup de chemin en vue d'un petit bénéfice, et vivant de peu. J'arrive de Paris, où j'ai retrouvé mon père, que je n'avais pas vu depuis huit ans. Jugez si j'ai été heureux d'être en état de le tirer de la carrière où il travaillait, ce qui était un métier trop dur pour son âge! J'ai pu lui acheter le fonds d'un de ces petits commerces des rues, qui, à Paris, suffisent à nourrir leur homme. Me voici le coeur content en pensant que mon pauvre père n'aura plus à souffrir, et je compte bien l'aller voir de temps en temps.
--Nous sommes tous bien heureux, dit grand Louis, de vous voir en si bon chemin.»