«Jeanne, si tu étais raisonnable, tu sèvrerais Louis; tu lui donnes de mauvais lait, parce que tu as trop de chagrin, et tu fais beaucoup de mal à cet enfant.

--Mais, ma chère dame, il n'a pas une seule dent, malgré ses dix mois.

--C'est égal; le lait que tu lui donnes est un poison pour lui: crois-moi, sèvre-le tout de suite.»

Jeanne suivit son conseil: l'enfant se remit d'abord; mais il tomba bientôt en langueur. Marguerite dit à Jeanne:

«Si j'étais à ta place, j'emmènerais Louis à Sainte-Solange pour le faire guérir: on lui dirait un évangile, et il serait tout de suite remis.

--Maman, dit Nannette, les évangiles de M. le curé de Sainte-Solange valent donc mieux que ceux du nôtre? Pourtant on peut bien dire que notre curé n'a pas son pareil sur la terre.

--Entends-tu ce qu'elle te dit, Marguerite? Elle a bien raison; les prières de notre curé, qui est un vrai saint, sont aussi bonnes que celles des autres; est-ce que le bon Dieu ne les entend pas aussi bien ici qu'à Solange?

--Pourquoi y a-t-il donc tant de gens qui font le voyage?

--Veux-tu que je te le dise? c'est pour courir, pour s'amuser; et puis, quand vous êtes allés là avec vos enfants, vous ne vous en occupez plus: il faut que le bon Dieu les guérisse tout seul; vous trouvez ça plus commode. Pourtant, s'il nous a donné l'instinct de nous soigner quand nous sommes malades, c'est qu'il veut qu'on prenne la peine de le faire. Tiens, voilà monsieur le curé qui vient, demande-lui ce qu'il en pense.»

M le curé dit que la prière est bonne partout.