--Il faut prendre le jupon en droguet bleu; c'est fort solide, et le corsage en bonne cotonnade doublée.
--Moi, dit Sophie, la soeur d'Isaure, qui avait quatorze ans, je donnerai une jupe de dessous en flanelle rayée blanc et noir, et un corset de nankin.
--Et moi, que donnerai-je donc? dit Auguste.
--Mon frère, tu as une cravate noire qui est tranchée au milieu, dont les bouts sont tout neufs; ma bonne en fera un bonnet à Jeanne, et tu achèteras de la dentelle noire pour le garnir.
--Il ne me reste plus à donner que la chemise, le fichu et le tablier,» dit en souriant Mme Dumont.
Quand ils furent arrivés à la maison, les enfants racontèrent à leur père ce qu'ils voulaient faire pour Jeanne.
«Tout cela est très-bien, dit M. Dumont; mais je vois que personne n'a pensé aux souliers. Vous habillez complètement cette petite, et vous la laissez nu-pieds!
--C'est pourtant vrai! dirent les enfants. Papa, il faut que vous donniez les souliers, pour que rien ne lui manque.»
On s'occupa le jour même d'acheter et de couper les vêtements de la petite Jeanne, afin de pouvoir les lui donner le vendredi suivant; il n'y avait plus que quatre jours, il ne fallait pas perdre de temps. Isaure fit les ourlets, pendant que sa mère, sa soeur et la bonne faisaient les coutures. Quand tout fut fini, la bonne dit:
«Mesdemoiselles, vous croyez avoir pensé à tout; il me restera pourtant quelque chose à donner aussi, et, quoique je ne sois pas riche, je veux prendre part à la bonne action que vous faites. Vous avez oublié le mouchoir et le serre-tête! j'en donnerai des miens.»